Génération Y, scolarité et parents

Pardon d’avance pour la longueur, mais c’est un sujet qui me tient à coeur.

Les études, le rapport à la réussite, les réorientations scolaires… ET l’attitude de nos parents. Ce n’est pas la première fois que j’en parle avec des copines ou avec ma soeur.

Du coup, ça m’a donné envie d’en parler un peu ici.

Alors d’abord, il faut être bien clair, les études c’est pas pour tout le monde et rien à voir avec l’intelligence ni les compétences et encore moins le QI !!! Le moule du collège unique est une blague, les études supérieures pour tout le monde c’est un leurre.
Les filières courtes existent, les CAP forment des gens à des métiers manuels dont on a plus que besoin.
J’avoue, en revanche, que dans ces filières, c’est compliqué de ne pas boucler son cursus, parce que le travail d’ouvrier non-qualifié est peu gratifiant et surtout, on devient de la chair à usine. Un BTS ou un CAP, ce sont deux années qui sont qualifiantes. Après ces études ne sont pas moins stressantes ni épuisantes psychologiquement et peuvent aussi pousser à bout. Malheureusement, si tu ne boucles pas ton CAP de boulanger, tu ne seras pas boulanger.
Quand tu ne finis pas tes 3 ans de fac, tu n’as pas ta licence, tu ne seras pas quoi ? Licencié ? Et qu’est ce que tu fais avec une licence ? Et avec un master ?

Alors justement, parlons-en de la réussite dans les études supérieures, à la fac, etc…

En en discutant avec les copines qui ont fait des études supérieures, ce qui revient sur le tapis, c’est notre culpabilité :

  • J’ai fait des études supérieures pour mes parents.
  • Je continue les études mais je sais même pas pourquoi.
  • Si je leur dis que j’arrête, ils vont me tuer.
  • Je ne sais même pas ce que je veux faire au final.
  • Je me rends malade à continuer.

Et la réaction des parents en face, c’est « on paie depuis des années pour que tu aies un diplôme donc ne nous fait pas ça ». Mais quel diplôme ? Pour faire quoi ? Et au final, nous on culpabilise encore plus en se disant : « Ils ont raison quand même, ça coute une blinde les études, c’est de l’argent jeté par les fenêtres ». NON. On ne fait plus redoubler les enfants sous prétexte que ça coute des millions d’euros par an à l’Etat. Mais encore une fois, un état qui brade son système scolaire est un état qui va mal.

Ma soeur a fait un burn out comme ça parce qu’elle voulait absolument finir son DUT de gestion urbaine entre autre pour ne pas décevoir papa, mais aussi parce qu’elle culpabilisait de ne pas avoir choisi la bonne voie. Et puis finalement, après s’être bien cramée, elle s’est réorientée en arts plastiques (la matière « à quoi ça sert ?! » selon notre père. « Mais sinon, tu fais des études d’arts pour faire une thérapie ? » La philo selon Philippe ?? (clique si tu ne saisis pas la référence !!) Non non… La psycho de comptoir selon notre père…).
Quand j’ai choisi mes études à la fac, j’ai choisi fac d’anglais parce que ça fait bien, mon père pensait que je ferais prof d’anglais ; et en mineure de réorientation (c’est comme ça que la fac l’appelait à l’époque avant de l’appeler double cursus), j’ai choisi psychologie. Gros éclats de rire à la maison. « Tu vas nous analyser ? » ; « Tu vas devenir psy ? » ; « La psycho, c’est pour les malades de la tête ! » ; « A quoi ça va te servir? »
Et bien, à dire vrai, bien plus que de connaître par coeur les premiers ministres anglais depuis mathusalem ou les ministres de l’économie d’après-guerre anglais ainsi que l’analyse de The grass is singing de Doris Lessing (qui reste un super bouquin hein !!) ou The Great Gatsby…
Mes études de psycho m’ont appris à prendre du recul sur moi-même, à comprendre les mécanismes du développement, à apprendre sur le développement de l’enfant et de l’adolescent, et surtout, surtout, m’a énormément ouverte sur ma vocation de prof spécialisée.

Je crois que je m’en fous que ma fille me dise au bout de 4 ans d’études, « Finalement c’est pas ça que je veux faire ». L’important c’est qu’elle fasse ce qu’elle aime et qu’elle se sente bien. Je ne veux pas la retrouver à prendre des cocktails de médocs pour dormir et déstresser parce que son cerveau ne la laisse plus tranquille. J’ai tellement été sous pression avec les cours, l’école, la réussite et le « Tu dois tout bien faire pour que tes parents soient fiers de toi » et au final ils ne te disent même pas s’ils sont contents ou pas… Ou alors ils te disent, alors que t’es contente de ta réussite et tu espères qu’eux aussi : « T’aurais pu faire mieux ». Ce qui est globalement pire que de ne rien dire. Tu n’as pas assez bien fait. Tu n’es pas assez bien pour leur fierté.
AH t’es que 235ème ? Bah avec tes capacités, tu peux faire mieux quand même !
ET POURQUOI FAIRE ?  Me rendre malade malade pour être 100ème ? 10ème ?

Nos parents font partie d’une generation où tout était plus facile pour eux. Ils n’ont pas forcément fait d’études mais il y avait du travail, la vie était moins chère, pas de souci autre que d’aller au boulot et finalement si tu perdais ton boulot, tu en retrouvais assez facilement. Ils le reconnaissent aisément d’ailleurs. Ils ont fait des enfants en se disant ça roule tout seul parce que c’est dans l’ordre des choses. Je ne les juge pas, mais ce que je n’accepte pas, c’est qu’ils essaient de plaquer le fonctionnement de leur génération sur l’actuelle.
Moi, je vois déjà la différence entre le moment où j’ai fait mes études et maintenant. J’ai commencé la fac en 2000. En 16ans, ça a déjà énormément changé !

Malheureusement, les parents te servent des phrases insipides :

  • Ne nous déçois pas.
  • On a tout fait pour que tu y arrives.
  • On s’est sacrifiés.

MAIS C’EST NORMAL ÇA !!! Pardon, je m’emporte !
Un parent guide son enfant et doit faire son possible pour qu’il apprenne à s’épanouir, qu’il apprenne l’empathie et devenir un bon humain et un bon citoyen. Aujourd’hui, quand tu fais des enfants faut savoir à quoi s’attendre au moins au niveau financier. Tu ne vas pas interdir à tes enfants de faire des études. Enfin, c’est mon point de vue.

« C’est facile d’avoir des bonnes notes, tu travailles et tu réussis. »
Nous, on sait que non, tout n’est pas facile, tout n’est pas tout cuit. La réussite scolaire est aussi conditionnée par beaucoup d’autres paramètres. On a grandi avec la compétition scolaire. Il faut être le meilleur à l’école pour réussir. Il faut être populaire, bien fringué et avoir les trucs à la mode. La pression sociale entre 8 et 18 ans est monstrueuse.

Pour cette génération avant nous, c’était normal de faire des enfants, d’ailleurs ce sont les mêmes qui te disent « Ah tu ne veux pas d’enfants ? Mais c’est égoïste ! »
Euh non… C’est réfléchi… Franchement, je trouve ça même normal si quelqu’un me dit « Non, je ne veux pas d’enfant. »
Ça devient un choix de faire des enfants, en sachant ce que coutent les études, en décidant dès la naissance d’ouvrir une cagnotte, en tablant sur l’avenir peu importe ce que feront les enfants.

J’en ai parlé avec ma Caille, on se disait que c’était dingue cette attitude de baby-boomer qui ne comprennent pas le décalage entre ce qu’ils ont vécu et ce qu’on peut vivre aujourd’hui.

our-parents

Et puis, on s’est dit « Purée, ce sera quoi la société dans 15 ou 20ans ? »

Est-ce que nous-même, on fera toujours le même métier ?! On n’en sait rien ! Donc autant ne pas mettre de pression sur nos propres enfants !!
Quand mes copines pas profs me disent « Ahah ta fille a plutôt intérêt de réussir à l’école !!! » Je leur réponds « Pourquoi ? Parce qu’elle est fille de prof ?! » La pauvre… Nan, mais sérieusement ! Si elle a des facilités, tant mieux pour elle, et je ferai tout mon possible pour mettre toutes les chances de son côté. Si c’est le cas, oui elle vivra une scolarité plus sereine mais honnêtement ce n’est pas le résultat qui prime. Bien sûr que je serai soulagée pour elle, connaissant le système de l’intérieur, si notre fille réussit scolairement. Je connais la pression du système. Je ferai également tout mon possible pour ne pas en rajouter.
Quand tu sais qu’un humain a 2000 fois plus de compétences que ce qu’on apprend à l’école !!!
Ce n’est pas seulement ce que j’ai appris à l’école qui fait la personne que je suis devenue !
C’est pas l’école qui m’a appris à m’affranchir de mon père, c’est pas l’école qui m’a appris à assumer la maladie de ma mère, ni à devenir sa curatrice…
Ah ça oui, je sais faire une rosace et je sais calculer le carré de l’hypoténuse mais l’empathie, je ne l’ai surement pas apprise dans notre système scolaire, je n’ai pas appris à cuisiner ou coudre au collège.
Je ne crache pas sur le système, je dis juste qu’il est incomplet (et de plus en plus), et ce, plus tu montes dans le niveau d’études… Donc à la fac ou en école supérieure l’écart devient fossé.

Tu n’es pas un mauvais enfant si tu rates ton année ou si tu décides de changer de voie, ni même si tu ne sais pas encore ce que tu veux faire à 23 ans.

Tu ne rates pas ta vie. Au pire, tu « déçois » tes parents (et je mets d’énormes guillemets hein !) Enfin, tu déçois la petite image d’épinal du bon élève que tes parents ont construit de toi, leur fille ou leur garçon qui réussit ses études.

Et ?

Et bien, ton coeur battra toujours, tes frères et soeurs t’aimeront quoi qu’il en soit, et même tes parents au fond d’eux. Ça ne changera pas fondamentalement qui tu es, ni tes valeurs.

Aujourd’hui, ma mère n’est plus mais elle était assez humble du côté de nos études dès qu’on a dépassé son niveau scolaire ; elle avait un CAP de secrétariat, elle a eu par contre beaucoup de réflexions vis à vis des notes et de la réussite scolaire dans les petites classes.

Je pleurais quand je rentrais avec un 14/20 quand même, et sur le chemin du retour je préparais mon argumentaire pour expliquer que le prof notait durement, que le meilleur n’a eu que 15, que… et que…
Mon père, quant à lui, commence à évoluer doucement, changer de point de vue n’est jamais très facile. Chacun se nourrit de sa propre expérience. La pression au sujet de l’ascension sociale est prégnante chez lui je pense. (Son père était ouvrier agricole et sa mère contre-maître en usine.)
Il m’a dit une fois en voyant mes réalisations de couture qu’il regrettait de m’avoir poussée à faire des études supérieures et de ne pas m’avoir incitée à aller vers un métier plus manuel. Moi je ne regrette pas, je suis contente de la voie que j’ai trouvée et je suis contente d’avoir aussi cette passion manuelle à côté.
Bref ! Vivez votre vie. BE HAPPY.
*Kaarotte-Bac+1000 en ça-me-vénéritude*
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Une réflexion sur “Génération Y, scolarité et parents

  1. Ce post me parle tellement !
    Enfin , pas totalement sur les études mais sur le contexte en lui même .

    Avec mon frère nous avons été élevés avec cette phrase récurrente : « Faites moi honneur  » .
    Mon meilleur pote à été élevé avec  » Ne me fais pas honte  »
    Et on voit clairement comment nos personnalités ont évoluées différemment de part ces petites phrases qui peuvent paraitre insignifiantes mais qui influencent tellement .

    J’ai reçu une éducation scolaire et sociale hors du commun et j’en remercie mon père quasiment tous les jours .
    Mes parents n’ont pas été à nous pousser dans de grandes études , loin de là .
    quand j’ai décidé d’arrêter mon BTS , il n’y a pas eu de crise , juste un  » Et c’est quoi le programme alors ?  »

    Bon , bien sûr après , le programme à été dévié pour aller plus vers la volonté de mon père mais autre sujet …

    Mon frère n’a que son BEP mécanique auto mais à 25 ans , il a son garage , 2 employés et le cancre d’hier , dyslexique et faignant est un travailleur acharné avec une intelligence et mémoire complètement surréalistes .

    Ma « voie » ,j’ai eu tellement de mal à la trouver , mon boulot je l’ai eu par hasard et je m’y épanouis , cependant je sais déjà que je ne finirai pas dans ce taff .

    J’espère pouvoir repartir sur le projet que j’avais à 16 ans mais que je ne pouvais faire .
    Je sais maintenant qu’il me fallait passer sur beaucoup de choses , vivre des expériences dont javais besoin et petit à petit le chemin suit son cours et j’avance .

    J’ai fini de m’affranchir de l’autorité paternelle , je suis devenue une adulte à part entière .
    Oui je fais encore des erreurs , oui ils me sauvent la vie par moments ( actuellement encore ) mais ils en font aussi et je suis la quand la tempête se lève et qu’il faut ramer pour revenir au port .

    Je pense que la base de l’éducation , c’est quand même le respect et ce qui me fait peur c’est la perte profonde de cette notion pour beaucoup .
    Par contre , je suis rassurée de voir que les enfants de mes ami(e)s , l’auront .

    ( Ok tu as fait 1800 mots mais je ne sais pas à combien j’en suis et j’aurais pu continuer des heures ^^ )

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