C’était mieux avant.

Ce matin, sur le Facebook de ma copine Lydia, je vois cette photo.

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Je me suis mise à commenter frénétiquement et quand j’ai vu que je mettais plus de 5min à rédiger mon commentaire, je me suis dit que ça valait peut être le coup de faire un article.

Me voici donc.
Il y a plusieurs choses qui découlent de cette image.
La première réaction d’un contact de ma copine sous la photo était « C’était plus efficace! »

Je ne dirais pas que c’était plus efficace. On n’assoit pas son autorité avec de la terreur physique. Combien de profs à l’époque étaient abusifs ? Parce que oui infliger des coups pour donner une leçon c’est abusif.
J’en ai déjà parlé ici mais AUTORITE ≠ AUTORITARISME
La vraie équation c’est : AUTORITE = RESPECT.
Tu veux qu’un élève t’écoute et « t’obéisse » ? Il faut commencer par le respecter, en tant qu’individu, en tant qu’être humain en apprentissage et pour les ados en tant que futur adulte.

Si les mômes se comportent comme ça, ne respectent plus les adultes au collège, peut-être faudrait-il se tourner du côté des parents ?
L’éducation, ça commence à la maison. Même si notre ministère s’appelle « de l’éducation nationale ». Nous sommes éducateurs mais surtout instructeurs. Nous dispensons une instruction. L’éducation étant (quand même !!!) la charge des parents à la base.

Autre point soulevé par cette photo : les coups à la maison. Désolée mais le « J’ai pris des claques quand j’étais gosse et j’en suis pas mort(e). » Je ne supporte plus… Ah non t’es pas mort. Ça ne tue pas en effet, ça te détruit de l’intérieur, ça te fait te sentir comme une merde. Ça fait de toi un adulte bancale qui pense que tu mérites des coups.
Eduquer un enfant en le frappant revient à le considérer comme moins qu’un animal.
A l’heure où on milite pour le droit des animaux et pour punir les gens qui leur font du mal, on ne peut décemment pas banaliser le faire de coller des claques à ses mômes.

Alors aujourd’hui les profs ne violentent plus les élèves physiquement parce que c’était d’un autre temps. La violence est plus vicieuse et pernicieuse : « Tu mérites des claques », « Y’a des claques qui se perdent », « J’vais en prendre un pour taper sur l’autre »…
Ces profs qui s’en vantent en salle des profs… Et qui s’offusquent que les mômes leur répondent : « Vous n’avez pas le droit. »
Bah non. Vous n’avez pas le droit. Vous avez même le devoir de prendre sur vous en tant qu’adulte. Dans l’histoire, c’est quand même l’adulte qui a le plus de recul et qui doit faire preuve de maturité.
Dans ma classe, quand un élève est pénible, il y a toujours un autre pour dire :
« Madame vous avez pas envie de lui donner une claque ?
– Je n’ai pas le droit et même si je l’avais je ne le ferais pas. Ce n’est pas une méthode éducative efficace. On ne résout rien avec la violence. »
La violence fait déjà partie de leur quotidien. Beaucoup d’entre eux ont des parents abusifs ou des frères qui leur cognent dessus. La violence est banalisée pour eux donc c’est même pas impensable pour eux qu’un prof puisse avoir envie de lever la main sur eux.
Mais non. Nous nous DEVONS d’être modélisants. Au niveau du registre langagier, mais également au niveau de l’attitude. Attention, entendons nous bien, nous ne sommes pas parfaits, nous ne sommes pas infaillibles. Je leur apprends souvent qu’on se trompe et que ce n’est pas grave mais au sujet de la violence, pour moi c’est tolérance 0.

En classe, j’ai les mômes les plus en détresse éducative et ils sont loin d’être les pires élèves. Ils respectent l’autorité non pas parce qu’ils se font tabasser à la maison, mais parce qu’on met avec eux en place un climat de confiance. Je rappelle pour ceux qui ne le savent pas encore que j’enseigne en section spécialisée. Ce sont des mômes à besoins éducatifs particulier de ce fait.

En revanche dans les sections ordinaires, ceux qui ne respectent pas l’autorité ou la contestent sont souvent les p’tits chéris à leur papa/maman qui sont protégés / suivis / soutenus par leurs parents et qu’ils ne contrôlent même plus ni dans leurs sorties, leurs fréquentations, ou leur historique internet. Ces mêmes petits chéris sont souvent des connards de harceleurs parce que ça les fait marrer de mettre les autres plus bas que Terre. Et même à eux je ne veux pas infliger de coups. Je voudrais juste que les parents fassent leur boulot de parent. Je suis curieuse de savoir quelles valeurs ces parents inculquent à leurs enfants. L’empathie ça s’apprend dès le plus jeune âge.
Si on ne passait pas notre temps à moquer les petits garçons qui pleurent et qu’on les consolait plutôt, ça ferait surement d’eux des hommes gentils et confiants plutôt que des adultes bancales (et parfois violents) qui ne savent pas gérer leurs émotions. 

Hier, justement, j’ai eu une discussion avec mon père à base de « moi à son âge ». Mon père va avoir 60ans l’année prochaine. Il avait donc 20/30ans dans les années 80. Il me disait « A chacune de vos étapes, je ne peux pas m’empêcher de faire un retour en arrière et me dire « moi à son âge ». Oui papa, toi à son âge (23ans, celui de mon frère en l’occurence) tu étais déjà parti de chez tes parents, tu avais un boulot, ton permis, tu étais marié et chargé de famille. Oui, mais c’étaient les années 80. Il n’y avait pas de problème d’emploi. Ce n’était pas la même vie du tout. A l’époque, tu trouvais du boulot sous le sabot d’un cheval, tu bossais sans le bac et tu réussissais à atteindre des niveaux de responsabilité importants « à la force du poignet ». Aujourd’hui, les jeunes sortent de l’école désabusés parce qu’ils ont des diplômes mais qu’ils n’ont pas de boulot, qu’il y a peu de perspectives d’évolution. La société a changé, la manière de communiquer a changé. Les jeunes collègues stagiaires démissionnent parce que le boulot leur est difficile. J’ai dit à mon père. « Quitter un CDI avec les « avantages » des fonctionnaires ne devient plus impensable ! »
Comparons ce qui est comparable. Ça n’est pas comparable.

Et en terme de violence, l’éducation à la grand-papa à base de coups de ceinturon n’a pas vraiment fait ses preuves.
J’ai répondu à mon père que peut-être que mes enfants seront pourris gâtés selon les critères « à l’ancienne », mais au moins, sous mon toit, ils ne subiront pas de violences physiques ou psychologiques. J’ai trop subi de claques gratuites, de frustrations à cause de la maladie mentale de notre mère. J’ai trop vécu d’angoisses inutiles parce que la maison n’était pas source quotidienne de réconfort. Je ne veux pas de ça ni pour mes élèves ni pour mes enfants. Ma classe est un lieu de confiance et accueillant, tout comme ma maison.
Mon père était scié et m’a même dit « mais tu as déjà ce recul à ton âge… » Oui papa. Ça s’appelle la résilience. Quand tu as subi et que tu t’es soignée, tu penses différemment et peut-être avec un peu plus de recul.

Bref, autre vie, autre temps. Non ce n’était pas mieux avant. Autres avantages, autres inconvénients. C’était juste différent.

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